Mots clés :
Protection de la jeunesse, participation des enfants, formation des personnes intervenantes, lacunes dans la formation, rôle de l’intervenantFormation universitaire pour les intervenant·es en protection de la jeunesse au Québec : quand les droits et la participation des enfants passent au second plan
À propos de la recherche
Objectif de l’étude
Le principal objectif de cette recherche est de « présenter et de discuter des priorités de formation identifiées par des [personnes intervenantes] qui travaillent actuellement dans le système de protection de la jeunesse » (p. 4).
Méthodologie utilisée
L’évaluation des besoins a d’abord été réalisée par une approche quantitative, au moyen de questionnaires distribués aux employés de la Direction de la protection de la jeunesse. Dans un deuxième temps, des entretiens qualitatifs avec certaines personnes ont été organisés, permettant d’approfondir certains enjeux soulevés dans les questionnaires. Les deux responsables de la recherche ont aussi tenu un journal de bord dans lequel elles ont noté des éléments méthodologiques, descriptifs et analytiques. Les données ont été analysées selon une approche mixte « dans laquelle l’approche qualitative est dominante » (p. 5).
Population ou objet d’étude
Personnes intervenantes en protection de la jeunesse
Territoire visé par la recherche
Québec
Ce que révèle la recherche
Les personnes intervenantes estiment que leurs principaux besoins de formation « sont liés aux différentes populations et problématiques […], au contexte de la [protection de la jeunesse] […] et au contexte légal et judiciaire » (p. 12).
Les personnes participantes estiment que leur formation initiale est trop générale et pas assez approfondie. Elles notent aussi que les possibilités de formation continue sont limitées par le manque de financement et de temps.
Les questionnaires et les entretiens révèlent que la formation spécialisée devrait porter sur certaines problématiques familiales « (par exemple : trauma complexe, violence conjugale, suicide chez les jeunes) », sur des enjeux spécifiques au contexte de la protection de la jeunesse « (par exemple : connaître les étapes et processus) » ainsi que sur le « contexte légal et judiciaire (par exemple : lois, savoir témoigner à la cour) » (p. 12). Les personnes participantes soulignent également le besoin d’être mieux formées à l’intervention auprès de personnes non volontaires, à la conciliation entre le rôle d’aidant et celui d’autorité, ainsi qu’aux outils favorisant leur propre bien-être, compte tenu de la charge émotionnelle associée à leur travail.
La participation des enfants est peu considérée par beaucoup de personnes intervenantes
Les résultats démontrent que les droits et la participation de l’enfant sont rarement considérés comme des enjeux prioritaires par les personnes intervenantes. L’étude révèle également une confusion fréquente entre la participation de l’enfant aux décisions et sa collaboration au plan d’intervention, cette dernière relevant de l’exécution de ce qui lui est demandé.
Quelques personnes intervenantes estiment par ailleurs que les jeunes enfants ne sont pas réellement en mesure de participer aux décisions qui les concernent, et que cette participation doit être « réservée aux adolescent-es » (p. 13). D’autres estiment que la participation des parents est nécessaire, mais pas celle des enfants. Certaines estiment également que la participation des enfants ne devrait pas constituer une priorité de la formation.
Les chercheuses constatent enfin que plusieurs personnes intervenantes décrivent les enfants et leur famille de manière « peu valorisante » (p. 14), qualifiant par exemple leur clientèle d’hostile. Elles rapportent également que certains de leurs collègues ont tendance à attribuer la responsabilité des difficultés à l’enfant ou à exprimer une perte de confiance à son égard. De telles perceptions s’éloignent des valeurs sur lesquelles repose la pratique participative.
Plusieurs facteurs contextuels influencent les pratiques d’intervention
L’étude met en lumière plusieurs facteurs influençant les pratiques des personnes intervenantes. Parmi ceux-ci figurent le caractère peu spécialisé en protection de la jeunesse de leur formation initiale et la difficulté de concilier les exigences administratives avec le travail clinique. Les personnes intervenantes décrivent également des conditions de travail difficiles, marquées notamment par une surcharge de travail, un stress de performance, un roulement élevé du personnel, un manque de reconnaissance et un climat de travail « toxique » (p. 14). Les autres facteurs relevés sont le manque d’expérience, le « manque d’outils pour soutenir l’intervention » (p. 14-15) ainsi qu’un accès limité à l’information sur les meilleures pratiques.
Les participantes tendent également à concevoir leur rôle comme celui d’un expert ou celui d’une figure d’autorité. Selon les chercheuses, cette conception crée une certaine distance avec les enfants et limite le dialogue ainsi que leur participation.
Le principal apport de cette étude est de mettre en évidence la nécessité de repenser la formation des personnes intervenantes en protection de la jeunesse, mais aussi la culture organisationnelle des services de protection, afin que ces deux dimensions accordent une place aux droits de l’enfant et à sa participation.
Les liens avec les droits de l’enfant (CIDE)
| Droit concerné | Article de la CIDE | Liens avec la recherche |
|---|---|---|
| L’intérêt supérieur de l’enfant | Art. 3 | L’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toutes les questions qui le concernent. Selon le Comité des droits de l’enfant (ci-après le « Comité »), l’évaluation de l’intérêt supérieur de l’enfant implique notamment de tenir compte des différents droits de l’enfant, de son identité, de ses besoins et de son opinion (Observation n° 14 du Comité des droits de l’enfant). L’alinéa 3 de cet article prévoit également que les États doivent veiller à ce que les services et les institutions « qui ont la charge des enfants et assurent leur protection » disposent d’un personnel suffisant et compétent. Le Comité recommande d’ailleurs que l’intérêt supérieur des enfants soit évalué « dans un climat amical et sécurisant » par une équipe multidisciplinaire de professionnels formés (Observation n° 14 du Comité). Dans l’article, les auteures rapportent que les personnes intervenantes déplorent le caractère trop général de leur formation initiale ainsi que le manque de formation continue pour soutenir leur pratique. Ces constats soulèvent des interrogations quant à la capacité du système à fournir des services dispensés par un personnel adéquatement formé. En outre, le peu d’importance accordée aux droits de l’enfant par certaines personnes intervenantes et notamment à sa participation apparait difficilement conciliable avec une approche centrée sur son intérêt supérieur. |
| Le droit d’être entendu et que son opinion soit dûment considérée | Art. 12 | Cet article reconnait à l’enfant le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question le concernant et de voir celle-ci dûment prise en considération. Selon le Comité, tous les enfants, même ceux en bas âge, ont droit à ce que leur opinion soit valablement considérée (Observation n° 14 du CDE). La méthode utilisée pour recueillir l’opinion de l’enfant doit être adaptée à son âge (Observation n° 12 du CDE). Toutefois, dans l’article, il est rapporté que certaines personnes intervenantes considèrent la participation des enfants comme secondaire, la confondent avec la collaboration à l’intervention ou estiment qu’elle ne concerne que les adolescents. Ces perceptions apparaissent difficilement conciliables avec l’article 12, qui reconnaît le droit de participation à tous les enfants, y compris les plus jeunes. De plus, la distance instaurée par le rôle d’autorité qu’adoptent certaines personnes intervenantes limite les occasions pour l’enfant d’exprimer son opinion et de participer aux décisions qui le concernent. |