Un jeune homme devant un ordinateur
Crédit photo : Patrick Sanfaçon, La Presse
Un jeune homme devant un ordinateur

Crédit photo : Patrick Sanfaçon, La Presse

Prévenir l’itinérance chez les jeunes de la DPJ | Un projet encensé… puis victime de « coupes »

Le 25 mai 2026, La Presse rapportait l’histoire d’Éloi, un jeune homme de 18 ans ayant passé la majeure partie de son adolescence au sein du système de protection de la jeunesse, entre centres de réadaptation, foyers de groupe et tentatives de retour dans son milieu familial.

L’article met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes lors de leur sortie des services de protection de la jeunesse ainsi que l’importance d’assurer la continuité du soutien lors de leur passage à la vie adulte. À leur majorité, ceux-ci perdent l’encadrement et le soutien dont ils bénéficiaient durant leur placement. La Presse rapporte à cet égard que « [p]rès de 30 % des jeunes de la DPJ feront l’expérience de l’itinérance dans les deux premières années suivant la sortie de leur placement ». Ce constat témoigne de la vulnérabilité accrue des jeunes au moment de cette transition et met en évidence les enjeux associés à la rupture des services.

Dans ce contexte, le parcours d’Éloi illustre le rôle important que jouent les dispositifs de transition. À sa sortie du foyer de groupe, il a intégré un logement du Projet Agir en amont pour une période de trois ans. Ce programme lui offre un accompagnement psychosocial visant à soutenir sa transition vers la vie autonome. Selon son témoignage, sans cette ressource, il n’aurait pas été en mesure de poursuivre ses études et aurait été exposé à un risque élevé de se retrouver sans logement stable.

Or, le Projet Agir en amont fait actuellement face à d’importantes compressions budgétaires, lesquelles compromettent la continuité de ses services. Cette situation soulève plusieurs enjeux au regard des droits protégés par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) ainsi que par la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ).

Le droit à une protection de remplacement

L’article 20 de la CIDE impose aux États membres d’assurer une protection de remplacement adaptée aux enfants qui ne peuvent demeurer dans leur milieu familial. Les Lignes directrices relatives à la protection de remplacement des enfants spécifient que cette protection doit viser la mise en place d’une solution permanente, afin d’assurer la stabilité de l’enfant et son épanouissement à long terme. À cet égard, le Comité des droits de l’enfant, dans son Observation générale n° 20, souligne l’importance d’assurer un accompagnement adéquat aux jeunes bénéficiant d’une protection de remplacement lors de leur transition vers la vie adulte. Il est également recommandé que les jeunes continuent de bénéficier, à la fin de leur placement et durant la période subséquente, d’un soutien psychosocial, d’une aide financière appropriée ainsi que d’un accompagnement dans la recherche d’un logement et d’un emploi.

Le Projet Agir en amont s’inscrit dans cet objectif, en fournissant à Éloi un logement et un suivi psychosocial lui permettant de poursuivre ses études et de faciliter sa transition vers la vie adulte.

L’allocation de budgets publics pour assurer la réalisation des droits de l’enfant

L’article 4 de la CIDE prévoit que les États parties « s’engagent à prendre toutes les mesures législatives, administratives et autres qui sont nécessaires pour mettre en œuvre les droits reconnus » par la Convention. Cette obligation implique notamment la mobilisation, dans la mesure du possible, du maximum de ressources disponibles afin d’assurer la réalisation des droits consacrés par la CIDE (Observation générale n° 19).

Ainsi, les insuffisances de financement et les compressions budgétaires affectant les programmes tels que le Projet Agir en amont constituent des obstacles importants à la mise en œuvre effective des droits des jeunes pris en charge par la DPJ. Ces coupures compromettent la continuité des services nécessaires à une transition stable vers la vie adulte.

Le droit à l’accompagnement dans la transition vers la majorité

La LPJ prévoit certaines mesures visant à soutenir le passage des jeunes à la majorité. L’article 57.2.2 de la LPJ prévoit notamment que, dans les deux années précédant l’atteinte de ses 18 ans, la DPJ doit convenir avec le jeune d’un plan de transition vers la vie adulte et l’informer des services de soutien disponibles. Cette obligation vise à structurer la préparation à la sortie du régime de protection et à favoriser une continuité dans l’accompagnement.

Par ailleurs, bien que les ordonnances de placement des jeunes prennent habituellement fin à la majorité (art. 64.1 LPJ), la loi prévoit la possibilité de maintenir l’hébergement d’un jeune lorsque sa situation ne permet pas un retour à domicile ou lorsqu’aucune autre ressource ne peut lui être attribuée. Des mesures transitoires, telles que des rencontres préparatoires et des séjours prolongés, peuvent également être mises en place afin de soutenir graduellement le passage vers l’autonomie.

Le droit québécois reconnaît ainsi explicitement l’importance d’un accompagnement des jeunes issus de la protection de la jeunesse dans leur transition vers la vie adulte. Néanmoins, le taux élevé d’itinérance chez les anciens jeunes de la DPJ soulève des interrogations quant à l’accessibilité concrète et à l’efficacité réelle de ces mesures.

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