Mots clés :
Résilience, apprentissages, pandémie, enfants et adolescent∙e∙s, approche centrée sur l’enfantLes apprentissages comme preuve de résilience chez les jeunes québécois·e·s en contexte de pandémie
À propos de la recherche
Objectif de l’étude
« Cet article a comme objectif d’explorer comment les apprentissages réalisés par les jeunes Québécois·e·s en temps de pandémie ont contribué à renforcer leur résilience » (p. 55).
Méthodologie utilisée
Les données qualitatives proviennent d’entrevues semi-dirigées auprès de 197 enfants et adolescents âgés entre 6 et 17 ans. Trois collectes ont été effectuées à différents moments clés de la pandémie de COVID-19 « afin de percevoir si les attitudes et comportements des jeunes avaient évolué pendant la pandémie » (p. 59). Les résultats découlent d’une analyse thématique provenant de condensés des entrevues et de la transcription de 50 % de celles-ci en raison de l’ampleur du corpus.
Population ou objet d’étude : Enfants et adolescents
Territoire visé par la recherche : Québec
Ce que révèle la recherche
La pandémie de COVID-19 a permis aux enfants et aux personnes adolescentes d’acquérir des connaissances spécifiques à ce contexte sanitaire.
Les personnes participantes ont démontré une bonne compréhension du contexte pandémique, notamment en ce qui concerne l’origine du virus, ses modes de propagation et les mesures sanitaires mises en place. Les résultats de l’étude soulignent la capacité d’adaptation des enfants et des personnes adolescentes à ces mesures sanitaires changeantes ainsi que leur capacité à intégrer et à maintenir ces mesures dans leurs activités quotidiennes. « Les jeunes rencontré·e·s dans le cadre de [l’]étude ont pu renforcer leurs aptitudes d’autorégulation et d’autocontrôle […] En effet, [ils] ont su prendre le contrôle sur leurs actions en se protégeant et en protégeant leur entourage du virus de la COVID-19. Ils et elles ont ainsi développé de nouvelles responsabilités » (p. 66).
Les personnes participantes rapportent avoir pris conscience de l’importance de prendre soin d’elles-mêmes.
Pour plusieurs personnes participantes, la pandémie a constitué une occasion d’apprentissage sur soi, notamment en ce qui concerne leurs préférences et leurs limites. « [C]et événement les a amenés à apprendre à être plus patient·e·s, à choisir ce qui leur convient plutôt qu’à faire les choses par obligation, à gagner en maturité ainsi qu’à réaliser la chance qu’ils et elles ont » (p. 63). La pandémie a également été une occasion pour certains de réaliser la « fragilité de la santé mentale ainsi que de l’importance d’en prendre soin » (p. 63), à travers notamment la pratique « d’autosoins » (p. 63) ou par l’activité physique.
Les personnes participantes ont pris conscience de l’importance de leurs relations familiales pour leur bien-être durant la pandémie.
Elles rapportent avoir réalisé l’importance de la famille, du maintien des liens avec leurs proches, particulièrement grâce à des contacts en personne, ainsi que de l’entraide et du respect dans les interactions avec leur entourage. Elles soulignent que « ces prises de conscience les ont [amenées] à exprimer davantage leurs émotions » et à être plus « à l’affut des signes de détresse exprimés par leurs proches » (p. 65). Enfin, les personnes participantes soulignent que l’adversité vécue durant la pandémie leur a permis de se rapprocher de leur famille et de reconnaitre le privilège d’entretenir une relation positive avec celle-ci.
Le principal apport de cette étude est « de bonifier les connaissances portant sur la résilience » en montrant « l’importance des apprentissages comme composante permettant de renforcer la résilience des jeunes et […] de mieux comprendre la perspective des enfants et adolescent·e·s » (p. 66).
Les liens avec les droits de l’enfant (CIDE)
| Droit concerné | Article de la CIDE | Liens avec la recherche |
|---|---|---|
| Le droit de préserver ses relations familiales | Art. 8 | La CIDE assure aux enfants le droit à la préservation de leur identité, notamment par le maintien de leurs relations familiales. Les personnes participantes ont souligné que la pandémie leur a permis de réaliser l’importance du soutien de leur famille durant la période de crise. Les chercheures ont d’ailleurs mis en évidence que « la qualité des interactions et des liens familiaux permettrait d’optimiser la résilience des familles et de favoriser un meilleur ajustement des enfants face aux défis de la pandémie » (p. 67). Ces résultats font donc ressortir le rôle des relations familiales dans le développement des capacités d’adaptation des enfants en contexte de crise. Ils rappellent également l’importance des liens significatifs avec l’entourage pour soutenir leur développement et leur bien-être. |
| Le droit d’être entendu et que son opinion soit dûment considérée | Art. 12 | Les enfants ont le droit d’être entendus et que leur opinion soit dument considérée dans toutes les décisions qui les concernent. La méthode de la présente recherche est centrée sur la perspective des enfants, des adolescents et des adolescentes. « Tout au long du processus de recherche, l’enfant est perçu comme étant un être agentif qui est l’expert de son vécu » (p. 58). Les chercheuses utilisent « [l]’approche centrée sur l’enfant » (p. 57) qui permet de « développer des connaissances scientifiques plus représentatives [des] expériences [des enfants] » (p. 58). Les chercheuses ont entre autres favorisé la participation des enfants dans le cadre des entrevues, mais également dans le cadre de l’élaboration des outils de collecte de données. Cette étude montre la capacité des enfants de participer à la société, autant à travers leurs comportements au cours de la pandémie que dans le contexte de la recherche elle-même. |
| Le droit à l’information | Art. 17 | Les enfants ont le droit d’accéder à de l’information de qualité provenant de sources diverses. « [Les] résultats suggèrent que pour renforcer la résilience des jeunes, il est essentiel que ces dernier∙e∙s soient bien informé∙e∙s des situations de crise qui les affectent afin qu’ils et elles puissent se sentir en contrôle de la situation » (pp. 67-68). Les chercheuses soulignent l’importance que l’information soit accessible aux enfants « par le biais de ressources adaptées à cette population ainsi qu’à leurs intérêts » (p. 68). À cet égard, elles proposent notamment le recours aux réseaux sociaux comme moyen de diffusion de l’information. |
| Le droit de jouir du meilleur état de santé possible | Art. 24 | La CIDE reconnait aux enfants le droit de jouir du meilleur état de santé possible et crée une obligation pour les États de favoriser la réalisation de ce droit. Comme énoncé dans l’Observation n° 15 du Comité des droits de l’enfant, la santé des enfants est liée à l’atteinte d’un état de bien-être physique, mental et social. Les apprentissages réalisés par les enfants et les personnes adolescentes ont contribué à leur bien-être. Par exemple, les connaissances acquises sur l’importance de prendre soin de leur santé mentale ainsi que l’adoption de pratiques d’autosoins ont permis aux personnes participantes de renforcer leur résilience face à la crise. De plus, la place accrue accordée aux relations familiales apparaît également bénéfique puisque « le renforcement de la cohérence familiale » est essentiel « pour promouvoir le bien-être psychosocial » (p. 67). |
| Le droit à l’éducation | Art. 28 et 29 | Le droit à l’éducation est consacré par l’article 28 de la CIDE ainsi que par son article 29, qui en définit les finalités. Celle-ci doit notamment favoriser l’épanouissement de l’enfant, le respect des droits humains ainsi que le développement du sens des responsabilités dans la vie en société. Les apprentissages des enfants et des personnes adolescentes durant la pandémie démontrent la capacité des enfants et des personnes adolescentes à être actifs dans leur éducation, « non seulement au niveau de leurs connaissances, mais aussi [au niveau] des apprentissages de nature intrapersonnelle et interpersonnelle » (p.61). Les enfants participent activement au développement de leurs connaissances, celles-ci étant favorables à la construction de leur résilience. |
| Le droit au repos et aux loisirs | Art. 31 | Enfin, la CIDE reconnait le droit des enfants au repos et aux loisirs. Ce droit est intrinsèquement lié au droit de participer à la vie culturelle et artistique et s’accompagne d’une obligation, pour les États, de favoriser un accès égal des enfants aux activités récréatives. À cet égard, les personnes participantes ont souligné les apprentissages réalisés à travers les passe-temps développés durant la pandémie. « Le fait de passer beaucoup de temps en confinement a favorisé chez les jeunes le développement de nouveaux passe-temps et des apprentissages sur soi, notamment concernant l’importance de prendre soin de soi. Ces apprentissages contribuent à la résilience des jeunes, puisqu’ils permettent à ces dernier·e·s de se sentir plus en contrôle et compétent·e·s » (p. 66). |